C’est quoi un serial entrepreneur ?

Par Serial Entrepreneurs · Publié le

Un serial entrepreneur est une personne qui crée ou reprend plusieurs entreprises au fil de son parcours. Elle lance une première activité, puis en construit une autre, après avoir cédé la précédente, en avoir confié la direction ou y avoir mis fin. En français, on parle aussi d’entrepreneur en série ou d’entrepreneur récidiviste.

L’expression évoque parfois des fondateurs qui enchaînent les levées de fonds et les ventes spectaculaires. Pourtant, elle peut aussi décrire un commerçant qui ouvre successivement plusieurs affaires ou une entrepreneuse qui développe différents projets de services. Le nombre d’entreprises ne raconte, à lui seul, ni leur taille ni leur réussite.

Qu’est-ce qui distingue cette manière d’entreprendre ? Pourquoi recommencer après une première aventure ? Et que change réellement l’expérience lorsqu’on repart de zéro ? Voici quelques repères pour comprendre le terme, sans transformer un parcours particulier en modèle à suivre.

François Allet échange avec un invité, micros à la main, pour Serial Entrepreneurs.
Une conversation enregistrée pour Serial Entrepreneurs.

Serial entrepreneur : une définition qui tient au parcours

Le Cambridge Business English Dictionary définit le serial entrepreneur par la création de plusieurs entreprises au fil du temps. Ce qui le caractérise, c’est la répétition de l’acte d’entreprendre. Le point commun peut être un secteur, une compétence ou simplement le goût de construire une nouvelle activité. Certains passent d’un projet à un autre dans le même métier. D’autres explorent des marchés très différents.

On peut, par exemple, créer une agence, la transmettre, puis lancer un logiciel. Ou ouvrir un restaurant, le céder et développer ensuite une autre enseigne. Ces trajectoires peuvent être modestes, locales, progressives. Une introduction en Bourse ou une revente à plusieurs millions n’est pas un passage obligé. Bpifrance Création décrit aussi le cas du repreneur qui cède une première affaire avant d’en reprendre une autre.

Le terme décrit donc une trajectoire. Il ne dit pas comment chaque entreprise est organisée, financée ou développée. Créer plusieurs sociétés pour organiser une seule activité ne suffit pas, à lui seul, à raconter plusieurs aventures entrepreneuriales. Pour comprendre un parcours, regardez plutôt les projets construits, le rôle de la personne et ce qu’elle a effectivement lancé.

Entrepreneur en série, entrepreneur de portefeuille ou investisseur : quelle différence ?

Ces profils peuvent se recouper. Une même personne peut créer une entreprise, conserver des participations dans une autre et investir dans une troisième. La distinction porte surtout sur son rôle et sur la place de chaque projet dans le temps. Dans la typologie étudiée par Westhead et Wright, les créations successives relèvent de l’entrepreneuriat en série ; les entreprises détenues en parallèle relèvent du portefeuille. Dans le langage courant, « serial entrepreneur » est parfois employé plus largement. Les mots ne suffisent donc pas à décrire la situation.

Comparer les différentes façons d’entreprendre et d’investir
ProfilCe qui le caractériseExemple de situation
Entrepreneur concentré sur une entrepriseIl construit et développe principalement une même activité.Faire évoluer pendant vingt ans l’entreprise que l’on a fondée.
Entrepreneur en sérieIl crée ou reprend plusieurs entreprises au cours de sa vie professionnelle, souvent successivement.Céder une première entreprise, puis se consacrer à un nouveau projet.
Entrepreneur de portefeuilleIl détient ou développe plusieurs entreprises en parallèle.Organiser plusieurs activités avec des équipes et des directions distinctes.
Business angelIl investit à titre personnel et accompagne les fondateurs avec son expérience et son réseau.Apporter du capital, des contacts et des conseils à une jeune entreprise.

Être business angel ne signifie donc pas automatiquement être serial entrepreneur. Investir dans un projet et le créer sont deux engagements différents. La définition de France Angels associe ainsi l’investissement personnel à un apport d’expérience, de compétences et de temps. De la même manière, multiplier les activités simultanément pose des questions d’organisation distinctes de celles d’un nouveau départ après une transmission.

Pourquoi un serial entrepreneur décide-t-il de recommencer ?

Il n’existe pas une motivation commune à tous les parcours. Pour certains, les premières étapes sont les plus stimulantes : repérer un besoin, rencontrer les premiers clients, construire une offre, recruter une petite équipe. Lorsque l’entreprise change de dimension, ils préfèrent parfois ouvrir un autre chantier.

Pour d’autres, le nouveau projet découle directement du précédent. Un outil manquait au quotidien ; une demande revenait chez les clients ; une rencontre a fait émerger une possibilité. L’idée suivante naît alors d’un problème observé de près, avec une compréhension plus précise du travail à accomplir.

Recommencer peut aussi répondre à un changement personnel. Le fondateur veut travailler autrement, retrouver un rôle opérationnel ou explorer un sujet qui compte davantage pour lui. Il arrive également qu’une première activité s’arrête et qu’une autre permette de poursuivre son parcours.

Ces raisons méritent d’être distinguées. Avoir envie de créer n’implique pas que toute nouvelle idée soit bonne. La question reste très concrète : quel besoin ce projet va-t-il servir, pour qui, et pourquoi cette personne souhaite-t-elle s’y engager maintenant ?

Ce que l’expérience apporte… et ce qu’elle ne garantit pas

Un entrepreneur en série ne recommence jamais tout à fait avec le même bagage. Il a déjà rencontré des clients, recruté, discuté des prix ou traversé des périodes d’incertitude. Il peut mieux connaître ses points forts, ses angles morts et le type d’associé avec lequel il travaille bien.

Cette expérience peut l’aider à poser certaines questions plus tôt : qui décide ? Comment vérifier qu’une demande existe ? Quel travail faut-il vraiment internaliser ? À quel moment faut-il chercher de l’aide ? Elle peut aussi lui donner un réseau de personnes à solliciter, sans devoir reconstruire toutes ses relations.

Mais elle ne remplace pas la connaissance du nouveau marché. Les clients, les usages, les contraintes et les concurrents peuvent avoir changé. Une méthode utile dans une agence ne se transpose pas forcément à un produit industriel. Une réussite passée peut même encourager à décider trop vite, en pensant reconnaître une situation pourtant différente.

Être serial entrepreneur ne garantit donc ni la rentabilité ni la pérennité du prochain projet. L’enjeu consiste à faire le tri : conserver les apprentissages utiles, examiner à nouveau ses hypothèses et accepter de redevenir débutant sur certains sujets.

Des parcours à écouter pour comprendre les nouveaux départs

Une définition donne des repères. Un entretien permet d’entendre ce qui se passe entre deux projets : l’envie de transmettre, la fatigue, le doute, la rencontre d’un nouvel associé ou la difficulté de choisir la suite. Dans Serial Entrepreneurs, ces passages intéressent autant que le résultat final.

Pochette de l’entretien avec Marion Darrieutort

Marion Darrieutort : le choix de construire une nouvelle aventure

Le parcours de Marion Darrieutort permet d’explorer le passage d’une entreprise à une autre. Elle fonde ELAN, cède cette agence à Edelman, puis crée The Arcane. Son entretien revient sur ces étapes et sur sa manière d’envisager le leadership. Il ouvre une question qui dépasse le seul fait de recommencer : qu’a-t-on envie de construire différemment après une première aventure ?

Pochette de l’entretien avec Hugo Bentz

Hugo Bentz : comprendre les projets développés en parallèle

Dans son entretien enregistré en 2022, Hugo Bentz revient sur plusieurs projets développés en parallèle, dont Kymono et Kermess. Le sujet est aussi celui de l’organisation : choisir ses associés, répartir les responsabilités et décider où consacrer son temps. Ce parcours permet de nuancer le vocabulaire. Plusieurs activités simultanées éclairent la logique d’entrepreneur de portefeuille, plutôt qu’une succession de créations après des sorties. L’épisode permet de comprendre cette différence à travers des décisions concrètes ; les entreprises et les rôles évoqués correspondent à la période de l’entretien.

Les questions à se poser avant de lancer un autre projet

Vous avez déjà créé une activité et une nouvelle idée prend de la place ? Avant de chercher à devenir serial entrepreneur, décrivez ce que vous voulez faire et ce que cela demandera. Le titre viendra, éventuellement, raconter le parcours après coup.

Quel problème avez-vous vraiment observé ? Une idée séduisante et un besoin suffisamment important pour des clients ne sont pas la même chose. Précisez les personnes concernées, leurs pratiques actuelles et ce qui vous permet de penser qu’elles souhaitent une autre solution.

Que devient votre activité actuelle ? Si elle continue, qui prend les décisions et accompagne les équipes ? Un nouveau projet n’efface pas les engagements déjà pris. Clarifier votre rôle et votre disponibilité aide à mesurer ce que ce départ représente pour les autres.

Qu’allez-vous reprendre de votre expérience ? Listez les apprentissages transférables, puis ce que vous devez vérifier à nouveau. Votre réseau est peut-être utile ; vos anciens canaux de vente, vos prix ou vos habitudes de recrutement le seront peut-être moins.

De quelles ressources disposez-vous réellement ? Il s’agit de temps, d’énergie, de compétences et de moyens à consacrer au projet. Définir ces limites permet de choisir une première étape proportionnée, puis des critères pour décider de poursuivre, d’adapter ou de s’arrêter.

Avez-vous envie de ce quotidien ? Aimer une idée ne signifie pas aimer le travail qu’elle demande. Rencontrer des clients, produire, vendre, coordonner ou gérer une équipe occupent des journées bien réelles. Votre expérience peut justement vous aider à choisir un rôle qui vous convient.

Faut-il créer plusieurs entreprises pour être un bon entrepreneur ?

Non. Développer une même entreprise sur la durée demande aussi de se réinventer : faire évoluer son offre, transmettre des responsabilités, changer d’échelle ou retrouver sa place dans une organisation qui grandit. Rester peut être un choix aussi réfléchi que recommencer.

L’expression serial entrepreneur décrit une forme de parcours parmi d’autres. Elle ne permet pas de comparer la qualité du travail, l’utilité d’une activité ou la satisfaction de son fondateur. Une entreprise solide, une équipe avec laquelle on veut travailler et des clients bien servis peuvent constituer un projet entier.

Pour réfléchir à votre propre suite, les récits sont utiles lorsqu’ils donnent accès aux choix et à leur contexte. Vous pouvez aussi consulter notre sélection de podcasts d’entrepreneurs pour découvrir plusieurs façons d’aborder ces sujets.

François Allet enregistre un entretien de Serial Entrepreneurs autour de deux microphones.
Les coulisses d’un entretien de Serial Entrepreneurs.

Questions fréquentes sur le serial entrepreneur

Comment dit-on « serial entrepreneur » en français ?

On utilise « entrepreneur en série » ou « entrepreneur récidiviste ». Ces expressions désignent une personne qui entreprend à plusieurs reprises, à travers différentes entreprises. Le mot anglais reste courant dans les médias et dans l’écosystème entrepreneurial.

À partir de combien d’entreprises parle-t-on de serial entrepreneur ?

Il n’existe pas de seuil officiel donnant droit à ce titre. L’expression suppose plusieurs expériences entrepreneuriales, mais compter les sociétés ne suffit pas : il faut aussi regarder les activités construites et le rôle réel de la personne dans chaque projet.

Peut-on être serial entrepreneur après un échec ?

Oui. Le terme décrit le fait d’entreprendre à plusieurs reprises, pas une succession obligatoire de réussites ou de reventes. Une personne peut fermer une première entreprise, prendre le temps d’en comprendre les difficultés, puis créer une autre activité. L’issue du premier projet ne résume pas toute la suite.

Quelle différence entre serial entrepreneur et multi-entrepreneur ?

Les usages varient et les termes se recoupent. « Multi-entrepreneur » souligne souvent l’existence de plusieurs activités en parallèle ; « serial entrepreneur » évoque plutôt des créations successives. Pour comprendre une situation précise, demandez quels projets sont encore actifs, qui les dirige et comment le fondateur y participe.

Derrière chaque nouveau projet, une décision à comprendre

Pourquoi se lancer, transmettre ou recommencer ? Les invités de Serial Entrepreneurs racontent ces moments avec leurs contraintes, leurs hésitations et leurs choix. Partez d’un parcours qui rejoint les questions que vous vous posez aujourd’hui.

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