
Entré dans l’hôtellerie par le terrain, Emmanuel Sauvage dirige un établissement dès l’âge de 23 ans avant de co-fonder Evok Collection. Il revient sur la création de Nolinski, Brach et Sinner, la gestion de crises majeures et la décision de quitter un groupe construit pendant plus d’une décennie.
Les fonctions, projets et ouvertures cités correspondent à février 2026.
CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR
- Pourquoi apprendre tous les métiers d’un hôtel renforce la légitimité d’un dirigeant.
- Comment l’autonomie accordée très jeune peut accélérer une carrière.
- Pourquoi les relations professionnelles durables se construisent sans calcul immédiat.
- Comment créer un groupe hôtelier lorsque tout reste encore à inventer.
- Ce qu’une ouverture difficile apprend sur l’expérience client et l’organisation.
- Comment une crise peut devenir un temps de structuration et de créativité.
- Pourquoi l’hôtellerie doit désormais penser comme une marque.
- Comment reconnaître le bon moment pour quitter ce que l’on a bâti.
LES TEMPS FORTS
- 03:23 — Grandir à Châteauroux et choisir l’école hôtelière.
- 04:44 — Partir en internat à 15 ans et apprendre l’autonomie.
- 06:49 — Devenir directeur d’hôtel à 23 ans.
- 10:11 — L’ouverture du Burgundy et le poids de nouvelles responsabilités.
- 11:34 — Le réseau comme relation sincère plutôt que comme transaction.
- 16:20 — Lancer Evok Collection et ses premiers projets.
- 26:43 — Utiliser la crise sanitaire pour structurer et inventer.
- 32:12 — L’arrivée de la famille Courtin-Clarins au capital.
- 34:22 — Pourquoi le luxe doit rester vivant.
- 35:54 — Quitter Evok après plus de dix ans pour redevenir curieux.
Apprendre le luxe par le terrain
Emmanuel Sauvage grandit à Châteauroux dans une famille de classe moyenne, avec un père garagiste poids lourd et une mère institutrice. Peu attiré par une scolarité générale, il choisit très tôt l’hôtellerie-restauration et part en internat à 15 ans.
Sa formation lui fait pratiquer la cuisine, la pâtisserie, le service et l’hébergement. Il sait rapidement qu’il ne deviendra pas cuisinier, mais ne regrette aucune de ces années. Comprendre concrètement chaque métier lui permettra plus tard de parler avec les équipes et de lire derrière les chiffres les réalités opérationnelles d’un établissement.
Recevoir des responsabilités avant d’avoir le titre attendu
Emmanuel rejoint dans les années 1990 un jeune groupe qui ouvre des hôtels à Paris. L’organisation lui accorde beaucoup d’autonomie et lui confie une première direction à 23 ans. Les résultats obtenus en quelques mois lui donnent accès à d’autres établissements et à des responsabilités croissantes.
Lorsqu’il cherche ensuite à changer d’environnement, plusieurs interlocuteurs le jugent trop jeune. Guy de Durfort accepte au contraire de miser sur son expérience. Emmanuel découvre alors une organisation beaucoup plus structurée, complémentaire du fonctionnement entrepreneurial de ses débuts. Il se décrit depuis comme une « tête brûlée structurée ».
Comprendre le poids humain de la croissance
À l’ouverture du Burgundy Paris, Emmanuel passe d’équipes de quelques dizaines de personnes à environ 130 collaborateurs. La responsabilité change d’échelle. La réussite ne dépend plus seulement de l’énergie du dirigeant : elle exige des relais, des processus et la capacité à décider pour un collectif important.
Il considère le management comme une disposition que l’on peut perfectionner mais qui suppose une base : aimer les responsabilités humaines. Cette dimension restera centrale dans la création d’Evok, un groupe où plusieurs centaines de personnes donnent vie aux lieux.
Cultiver un réseau sans le réduire à son utilité
La rencontre qui mène à Evok est provoquée par plusieurs recommandations. Des professionnels répètent à Romain Yzerman qu’il doit rencontrer Emmanuel Sauvage. Le courant passe, et Emmanuel accepte de s’investir dans un projet qui ne possède encore ni groupe structuré ni organisation complète.
Pour lui, un réseau ne se construit pas en collectionnant les contacts. Il se nourrit dans la durée, avec spontanéité et sans chercher un bénéfice immédiat. La confiance créée par ces liens finit par ouvrir les bonnes portes lorsque le timing devient favorable.
Créer une collection à partir de presque rien
Evok naît autour de Pierre Bastid, Romain Yzerman et Emmanuel Sauvage. Le financement immobilier existe, mais tout le reste doit être inventé : la structure, les équipes, les concepts et les méthodes de fonctionnement.
Les premiers projets comprennent Nolinski et Brach, tandis que le Palais Royal Restaurant doit retrouver une ambition gastronomique récompensée ensuite par une étoile Michelin. Chaque adresse développe une personnalité propre. L’objectif n’est pas de reproduire un hôtel standardisé, mais de créer des lieux de vie capables d’interpréter le luxe différemment.
Accepter qu’une ouverture puisse être un chaos utile
La création de Brach confronte les équipes à un projet particulièrement ambitieux. L’ouverture accumule les difficultés et l’organisation se fait dépasser sur plusieurs fronts. Emmanuel refuse cependant de réduire cette période à un échec.
Lorsque le terrain révèle toutes les faiblesses d’un modèle, il offre aussi la matière nécessaire pour progresser. La priorité devient de corriger l’expérience vécue par les clients, de soutenir les collaborateurs et de structurer ce qui ne l’était pas encore.
Faire d’une crise un temps de reconquête
La crise sanitaire interrompt brutalement l’activité hôtelière. Emmanuel tombe lui-même malade, puis revient avec une conviction : il faut repartir en conquête. Evok rouvre dès que cela devient possible et utilise les établissements comme des lieux de création, même lorsque les clients ne peuvent pas y vivre une expérience normale.
Artistes, équipes et partenaires produisent des directs et des événements. Le ralentissement donne aussi au groupe le temps de structurer une croissance auparavant très rapide. Pour Emmanuel, les périodes complexes obligent à imaginer des solutions que l’abondance rend parfois inutiles. L’envie et l’idée peuvent compenser une partie des moyens manquants.
Transformer les hôtels en marques vivantes
Le Brach développe une communauté autour d’événements comme Back to Brach. Cette capacité à réunir dépasse la fonction première de l’hôtel. Elle crée un attachement culturel et un sentiment d’appartenance.
Emmanuel estime que l’hôtellerie doit travailler comme une marque : définir une personnalité, comprendre ses publics et faire évoluer son expression. Le luxe ne peut plus être figé, intimidant ou uniquement fondé sur des codes hérités. Il doit s’adapter aux usages et rester vivant sans abandonner l’excellence.
Structurer à mesure que les actionnaires et les projets évoluent
La famille Courtin-Clarins entre au capital après un rapprochement initial autour des soins et une relation construite avec Olivier Courtin. L’opération prend du temps et ouvre une nouvelle phase de développement.
Emmanuel voit chaque évolution de l’actionnariat comme une occasion de réinterroger l’organisation. La structure qui permet d’ouvrir trois adresses ne suffit pas nécessairement pour mener des projets internationaux à Madrid, Rome ou Venise. Grandir demande donc une adaptation permanente, même lorsque les méthodes précédentes ont fonctionné.
Quitter avant de ne plus être à la bonne place
Après plus de onze ans, Emmanuel quitte Evok à l’approche de ses 50 ans. Il ne part pas avec un projet suivant déjà défini. Il choisit plutôt de retrouver le temps d’observer, de visiter des lieux et de nourrir sa créativité.
Cette décision ne renie pas l’aventure construite. Elle reconnaît qu’un entrepreneur doit parfois distinguer le rôle de bâtisseur de celui de gestionnaire de long terme. Lorsqu’il ne prend plus de plaisir ou commence à se demander s’il est encore à la bonne place, le signal mérite d’être écouté.
Accepter une liberté toujours relative
L’entrepreneuriat offre la liberté de proposer une direction, mais jamais une indépendance absolue. Banques, actionnaires, collaborateurs et partenaires créent des obligations. Plus le projet grandit, plus le dirigeant doit composer avec elles.
Emmanuel ne rejette pas ces contraintes : il refuse simplement le mythe d’un entrepreneur entièrement libre. La vraie marge de manœuvre consiste à rechercher l’alignement entre les décisions, les personnes avec qui l’on travaille et les valeurs que l’on veut défendre.
POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?
Cet épisode sera utile aux dirigeants de l’hospitalité, aux créateurs de marques et aux entrepreneurs qui traversent une transition. Emmanuel Sauvage raconte sans posture ce que signifie construire, structurer, déléguer puis savoir partir avant que le confort n’éteigne la curiosité.
À PROPOS D’EMMANUEL SAUVAGE
Emmanuel Sauvage est un dirigeant et entrepreneur français de l’hôtellerie de luxe. Il a cofondé et dirigé Evok Collection, après avoir notamment participé à l’ouverture du Burgundy Paris.
RESSOURCES CITÉES
- Evok Collection : groupe cofondé par Pierre Bastid, Romain Yzerman et Emmanuel Sauvage.
- Nolinski, Brach et Sinner : marques hôtelières développées par Evok.
- Le Palais Royal Restaurant et le Burgundy Paris : établissements cités dans son parcours.
- La famille Courtin-Clarins : actionnaire évoqué dans le développement du groupe.
- Back to Brach : événement communautaire organisé autour de Brach Paris.






