Jacques Séguéla (HAVAS) : Faire de la créativité une force qui change le monde

Un tour du monde en 2CV, des débuts dans le journalisme puis la création de RSCG avec Bernard Roux, Alain Cayzac et Jean-Michel Goudard : Jacques Séguéla revisite les rencontres qui ont façonné sa vie. Dans une seconde partie, il défend un numérique régulé sans renoncer à ses progrès et rappelle ce qui, selon lui, restera toujours au cœur d’un message : la créativité.

Cet épisode a été enregistré en 2018. Les responsabilités, entreprises, références politiques et positions sur le numérique sont restituées dans le contexte de l’entretien et de la sortie du livre « Le diable s’habille en GAFA ».

CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR

  • Comment l’influence de ses parents et une formation de pharmacien nourrissent son goût de la liberté.
  • Pourquoi un tour du monde en 2CV devient une école de vie, d’écriture et de rencontres.
  • Comment le journalisme conduit Jacques Séguéla vers la publicité.
  • Pourquoi ses associés apportent à RSCG des qualités qu’il ne possède pas seul.
  • Ce que les rencontres avec Salvador Dalí, Jacques Prévert et François Mitterrand changent dans sa trajectoire.
  • Pourquoi il ne rejette pas les géants du numérique, mais réclame une régulation mondiale de leurs excès.
  • Pourquoi la donnée transporte le message sans pouvoir remplacer l’idée créative.

LES TEMPS FORTS

  • 01:45 — Ses parents et l’éducation reçue.
  • 04:23 — Les études de pharmacie et le refus d’une vie toute tracée.
  • 08:25 — Le tour du monde en 2CV avec Jean-Claude Baudot.
  • 19:10 — Les débuts dans la publicité auprès de Robert Delpire.
  • 21:10 — La rencontre avec Bernard Roux et la campagne qui fait scandale.
  • 24:55 — Salvador Dalí et l’art de rendre une idée inoubliable.
  • 32:35 — François Mitterrand, Jacques Prévert et les rencontres décisives.
  • 36:05 — Alain Cayzac, Jean-Michel Goudard et la construction de RSCG.
  • 42:20 — L’acquisition de RSCG par Havas après une expansion mondiale.
  • 46:35 — « Le diable s’habille en GAFA » et la nécessité d’une régulation.
  • 54:25 — Fake news, démocratie et addiction au smartphone.
  • 1:04:05 — « C’est la créativité qui sauvera le monde. »

Recevoir de ses parents le goût du travail et de la liberté

Jacques Séguéla commence son récit par ses parents, enseignants et voyageurs, dont l’influence structure son caractère. Son père lui transmet l’exigence et une relation directe au monde. Les voyages familiaux, les moments partagés et la confrontation à d’autres cultures installent très tôt le désir d’aller voir ailleurs.

Il suit pourtant une voie apparemment classique : des études de pharmacie. L’expérience d’un stage lui montre que la profession ne correspond pas à la vie qu’il imagine. Plutôt que de s’enfermer dans un choix déjà engagé, il prépare une aventure qui deviendra fondatrice.

Faire du tour du monde une école de création

Avec Jean-Claude Baudot, Jacques part autour du monde en 2CV. Le voyage les mène notamment de Perpignan à Karachi et bien au-delà. Ils rencontrent des obstacles, apprennent à raconter leur aventure et transforment l’expédition en matière éditoriale.

Le livre « La Terre en rond » se vend à plus de 150 000 exemplaires et est traduit dans plusieurs langues, selon son récit. L’expérience apprend à Jacques à attirer l’attention, construire une histoire et provoquer des rencontres : trois aptitudes qui deviendront centrales dans sa carrière.

Arriver dans la publicité par le journalisme

Jacques travaille ensuite dans la presse et cite plusieurs figures qui lui enseignent la force des mots et des images. Il résume la publicité comme la rencontre entre ces deux chocs : celui du texte et celui du visuel.

Auprès de Robert Delpire, il apprend le métier avant de décider de créer sa propre agence. Le départ n’est pas présenté comme une rupture ingrate. Il quitte un maître précisément parce qu’il estime avoir suffisamment appris pour mettre ses convictions à l’épreuve.

Provoquer l’attention sans demander la permission

Avec Bernard Roux, Jacques lance une campagne qui détourne l’image de Georges Pompidou dans L’Express. L’opération provoque un scandale et attire les médias. Elle montre déjà sa conception de la publicité : une idée doit rompre avec l’indifférence et créer une conversation.

La rencontre avec Salvador Dalí pousse cette logique plus loin. L’artiste maîtrise la mise en scène de lui-même, l’exagération et la capacité à transformer chaque apparition en événement. Jacques observe chez lui une créativité qui ne sépare jamais l’idée de son incarnation publique.

Construire RSCG par la complémentarité des associés

RSCG réunit les initiales de Bernard Roux, Jacques Séguéla, Alain Cayzac et Jean-Michel Goudard. Les associés possèdent des tempéraments et des compétences différents. Cette complémentarité donne à l’agence la capacité de créer, vendre, structurer et développer des campagnes à grande échelle.

L’entreprise se déploie à l’international jusqu’à compter une vingtaine d’agences dans le monde, avant d’être acquise par Havas vingt et un ans après sa création. Jacques ne raconte pas cette croissance comme une ligne droite : les banques, les rapports de pouvoir et les choix d’associés pèsent autant que les succès créatifs.

Faire des rencontres les carrefours d’une vie

François Mitterrand, Jacques Prévert, Salvador Dalí, mais aussi ses associés, ses patrons et ses collaborateurs : Jacques Séguéla revient constamment aux rencontres. Elles ne sont pas des parenthèses dans son récit ; elles en sont les carrefours.

Chacune apporte une idée, une méthode ou un déplacement du regard. La créativité n’apparaît donc pas comme une inspiration solitaire. Elle se nourrit de la conversation, de la contradiction et de la capacité à reconnaître ce que quelqu’un d’autre peut enseigner.

Défendre les progrès du numérique tout en limitant ses excès

Dans « Le diable s’habille en GAFA », Jacques formule un cri d’alarme, mais refuse une opposition simpliste aux technologies. Il cite des usages médicaux de l’intelligence artificielle capables d’améliorer le diagnostic et reconnaît la valeur des services numériques qu’il utilise lui-même.

Sa critique porte sur la concentration du pouvoir, les données personnelles, la fiscalité, les fake news et les mécanismes qui enferment les utilisateurs dans des bulles d’opinion. Il appelle à une régulation mondiale et imagine une « COP numérique » destinée à préserver les bénéfices tout en limitant les dommages.

Rappeler que la donnée ne remplace pas l’idée

Jacques compare la donnée à une arme qui transporte un projectile. La puissance du canal compte, mais elle ne produit pas le message. Les algorithmes peuvent cibler, distribuer et optimiser ; ils ne remplacent pas l’idée capable de toucher une personne.

Sa phrase de conclusion résume plus d’un demi-siècle de publicité : « C’est la créativité qui sauvera le monde. » Elle ne nie pas la technique. Elle rappelle que les outils n’ont de portée humaine que lorsqu’une intention, une imagination et une responsabilité les dirigent.

POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?

Cet épisode traverse plusieurs décennies de création, de médias et d’entrepreneuriat à travers des récits très incarnés. Il intéressera celles et ceux qui travaillent dans la communication autant que les dirigeants confrontés au pouvoir croissant de la donnée et des plateformes.

À PROPOS DE JACQUES SÉGUÉLA

Jacques Séguéla est publicitaire, entrepreneur et auteur. En 1970, il cofonde RSCG avec Bernard Roux, Alain Cayzac et Jean-Michel Goudard. L’agence rejoint ensuite Havas. Il a publié de nombreux ouvrages consacrés à la publicité, à ses rencontres et à l’évolution des médias.

RESSOURCES CITÉES

  • « Le diable s’habille en GAFA » (2018), de Jacques Séguéla.
  • « Coups de pub » (2015), consacré à plusieurs rencontres marquantes.
  • « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité… elle me croit pianiste dans un bordel ».
  • « Fils de pub ».
  • « La Terre en rond », récit du tour du monde en 2CV avec Jean-Claude Baudot.
  • RSCG et Havas : groupes publicitaires évoqués dans le parcours.