Leonardo Dessi, artiste : Composer dans l’ombre pour créer des émotions qui restent

Formé au piano classique et au jazz, Leonardo Dessi connaît un premier succès très jeune avec « All The Way », puis repart presque de zéro entre Toronto, Los Angeles et Paris. Il raconte les années de doute qui l’ont conduit à composer l’univers sonore de Loups-Garous et à trouver enfin sa place dans la musique à l’image.

Les films, séries, spectacles et jeux vidéo cités correspondent à mars 2026. Vérifier leur titre définitif et leur calendrier avant publication.

CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR

  • Comment une famille bienveillante peut donner très tôt la permission de créer.
  • Pourquoi associer la rigueur du classique à la liberté du jazz.
  • Ce que provoque un premier succès mondial à 18 ans lorsque rien n’est encore structuré.
  • Comment envoyer cent messages peut ouvrir une carrière internationale.
  • Pourquoi la fin brutale d’un cycle américain a obligé Leonardo à se réinventer.
  • Comment une rencontre avec Farid Bentoumi et Panayotis Pascot a fait naître le son de Loups-Garous.
  • Ce que le succès d’une bande originale change dans le rapport au syndrome de l’imposteur.
  • Pourquoi multiplier les disciplines peut devenir une cohérence plutôt qu’une dispersion.

LES TEMPS FORTS

  • 02:55 — Grandir dans une famille qui encourage immédiatement la musique.
  • 03:34 — Commencer le piano à cinq ans puis entrer au conservatoire.
  • 08:05 — Du classique au jazz, entre discipline et improvisation.
  • 11:30 — « All The Way » atteint la première place de Hype Machine.
  • 15:30 — Devenir artiste, producteur et éditeur à 18 ans.
  • 24:00 — Envoyer cent messages et partir pour Toronto puis Los Angeles.
  • 34:00 — Le confinement à Las Vegas et la fin du cycle américain.
  • 45:00 — Obtenir carte blanche pour la musique de Loups-Garous.
  • 56:12 — La naissance improvisée du « la-la-la » devenu iconique.
  • 61:22 — Du premier film au jeu vidéo Unrecord.

Recevoir la permission de suivre sa sensibilité

Leonardo Dessi grandit dans une famille franco-italienne très soudée. Ses parents ne cherchent pas à le diriger vers une profession plus conventionnelle. Ils observent simplement qu’à cinq ou six ans, la musique l’émeut déjà profondément.

Il commence le piano avec une professeure à domicile, puis entre au conservatoire vers huit ans. Sa mère joue de la guitare, son père de la batterie et la maison écoute autant Stevie Wonder, Michael Jackson et Earth, Wind & Fire que de la musique classique. Cette diversité forme son oreille avant même que la carrière ne devienne une question.

Réunir la discipline et le lâcher-prise

Leonardo étudie huit ans le piano classique puis cinq ans le jazz. Le premier univers lui apprend la rigueur, le solfège et la répétition. Le second l’oblige à improviser, écouter et accepter l’inattendu.

Il poursuit ensuite à l’American School of Modern Music, devenue l’IMEP, avec l’idée de rejoindre Berklee à Boston pour étudier la musique de film. Depuis l’enfance, il est fasciné par la manière dont une bande originale transforme la perception d’une image.

Connaître le succès avant d’avoir construit la suite

En parallèle de ses études, Leonardo publie « All The Way » sur SoundCloud. Un ami envoie le morceau à des blogs référencés par Hype Machine. Le titre grimpe jusqu’à la première place du classement et circule ensuite sur les grandes chaînes musicales de YouTube.

Tiësto le joue en festival et Bob Sinclar manifeste son intérêt pour un remix. Leonardo a environ 18 ans. Le succès le détourne momentanément de son projet de musique à l’image et le place sur le devant de la scène, un endroit qui ne lui paraît pourtant jamais aussi naturel que le studio.

Se structurer comme un professionnel créatif

Un proche de sa mère l’aide à créer son label, sa société et son activité d’éditeur. Leonardo découvre que vivre de la musique implique aussi des contrats, des déclarations, de la comptabilité et une communication constante.

Ces contraintes n’annulent pas la création. Elles lui donnent un cadre pour facturer, produire et collaborer d’égal à égal. Il apprend toutefois qu’un premier titre qui fonctionne ne suffit pas à construire une carrière longue : le réseau et la capacité à enchaîner les projets comptent autant que l’œuvre initiale.

Créer ses propres rencontres à l’étranger

Lorsqu’il sent sa trajectoire ralentir, Leonardo écrit à une centaine d’artistes en développement. Un seul lui répond : Sylo, installé à Toronto. Ils commencent un morceau à distance, puis Leonardo achète un aller simple pour le Canada.

Il profite du voyage pour chercher des contacts à Los Angeles et multiplier les sessions. Le premier oui produit les rencontres suivantes. Cette période américaine élargit son expérience de producteur et l’oblige à recréer un réseau presque depuis zéro.

Comprendre qu’un cycle peut se terminer sans prévenir

Au début de la pandémie, Leonardo se retrouve à Las Vegas et passe une partie du confinement dans l’entourage de Steve Aoki. Après un retour en France, il croit pouvoir repartir, mais apprend à l’aéroport que son visa ne lui permet plus d’embarquer.

Cette frontière marque la fin de son cycle américain. Il ne l’avait ni décidé ni anticipé. L’épisode illustre la fragilité d’une carrière artistique internationale, dépendante des rencontres mais aussi de statuts administratifs et d’opportunités difficiles à stabiliser.

Revenir au rêve de la musique à l’image

À Paris, Leonardo multiplie les collaborations et retrouve progressivement son ambition d’origine. Il produit pour d’autres artistes et rencontre des créateurs qui valorisent sa capacité à imaginer un univers sonore complet.

Farid Bentoumi lui propose de faire des essais pour Loups-Garous, la série de Canal+ coproduite avec Anna Leprince. Leonardo obtient finalement carte blanche. Il compose sans toujours disposer des images finales et doit donc construire une palette sonore cohérente à partir du concept, des personnages et de l’atmosphère souhaitée.

Trouver un son simple que tout le monde retient

En studio avec Farid et Panayotis Pascot, une mélodie chantée sous forme de « la-la-la » apparaît presque par jeu. Leonardo hésite, trouvant le résultat peut-être trop enfantin. Farid insiste : c’est précisément le bon motif.

Le gimmick devient indissociable de la série. Les spectateurs le reprennent, l’utilisent pendant leurs propres parties et l’associent immédiatement à l’univers du jeu. La musique dépasse alors son rôle d’accompagnement : elle devient un élément de culture populaire.

Utiliser le succès pour réduire le doute

Loups-Garous est aussi le premier grand projet que Leonardo mène seul jusqu’au bout. Les retours du public et l’appropriation de la bande originale lui apportent une preuve concrète face au syndrome de l’imposteur.

Cette reconnaissance ne supprime pas les années difficiles, notamment financières. Elle leur donne une direction. Le compositeur comprend qu’il se trouve enfin à l’endroit où ses compétences, sa sensibilité et ses envies convergent.

Composer pour chaque médium sans appliquer de recette

Après la série, Leonardo travaille sur un premier long métrage, un spectacle de danse et la bande originale du jeu vidéo Unrecord. Chaque support lui impose une nouvelle méthode.

Un film demande de synchroniser la musique avec une scène montée. Un spectacle exige de relier les tableaux et les déplacements. Un jeu vidéo doit adapter la musique aux actions imprévisibles du joueur. Leonardo aime précisément cette variété : elle lui permet de changer de casquette tout en conservant une même mission, créer l’émotion juste pour un univers.

Refuser l’injonction à ne faire qu’une chose

Le pire conseil qu’il ait reçu est de se limiter à une seule activité. Artiste, producteur, compositeur et directeur artistique, Leonardo préfère explorer plusieurs formes à condition qu’elles nourrissent une cohérence.

Il reconnaît le risque inverse : vouloir tout faire peut mener à ne rien terminer. L’équilibre tient donc dans l’exécution. Une bonne idée mérite d’être testée, puis menée jusqu’au point où elle peut rencontrer son public.

POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?

Cet épisode s’adresse aux artistes, aux entrepreneurs créatifs et à celles et ceux dont le parcours semble trop multiple pour entrer dans une case. Leonardo Dessi montre que l’alignement n’arrive pas toujours au début : il peut être le résultat de longues années d’essais, de détours et de projets parfois invisibles.

À PROPOS DE LEONARDO DESSI

Leonardo Dessi est compositeur, producteur et artiste franco-italien. Il a notamment créé la direction artistique sonore de Loups-Garous et compose pour la série, le cinéma, la scène et le jeu vidéo.

RESSOURCES CITÉES

  • « All The Way » : titre qui a lancé sa carrière d’artiste.
  • Loups-Garous : série dont Leonardo a composé la bande originale.
  • Tron: Legacy, Jurassic Park et The Revenant : références de musique à l’image citées.
  • Unrecord : jeu vidéo français pour lequel il compose.
  • IMEP et Berklee College of Music : établissements évoqués dans son parcours.

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