
Étudiant, Thomas Devineaux et ses amis décident de construire un drakkar sans atelier, sans budget et sans expérience de la charpente navale. Ils abattent le bois, fabriquent leurs outils et apprennent pendant cinq ans. Les machines conçues pour le bateau deviennent ensuite le point de départ de Louis, une entreprise de mobilier de bureau personnalisable, fabriqué à Toulouse et pensé pour être réparé, repris puis remis à neuf.
Les projets de drakkar, d’usine et de traversée mentionnés sont les objectifs présentés en 2021. Les chiffres de Louis, les calendriers et les ambitions environnementales doivent être lus comme une photographie de cette période.
CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR
- Comment un projet entre amis devient une école pratique d’ingénierie, de fabrication et de persévérance.
- Pourquoi l’absence d’expertise peut libérer une manière différente de chercher des solutions.
- Comment les machines construites pour un bateau conduisent à une entreprise de mobilier.
- Pourquoi Louis propose des références paramétrables plutôt qu’un sur-mesure intégral.
- Comment le bois, la finition et la conception facilitent la réparation et plusieurs vies du produit.
- Ce que la pandémie et la hausse des matières premières imposent à une jeune entreprise industrielle.
- Pourquoi Thomas refuse de confondre « recyclé », « recyclable » et réellement durable.
LES TEMPS FORTS
- 03:21 — Amiens, Toulouse et un environnement tourné vers les sciences.
- 04:41 — Lancer Louis directement après les études.
- 05:50 — La naissance de la Compagnie du Bátar et le choix du drakkar.
- 07:00 — Abattre le chêne, fabriquer les outils et construire pendant cinq ans.
- 11:17 — Une association devenue un collectif d’une cinquantaine de personnes.
- 12:50 — Les premières navigations, les limites du bateau et les expéditions scandinaves.
- 18:14 — Autofinancement, team building et recherche de sponsors.
- 20:59 — Des machines du chantier naval aux premiers meubles.
- 23:00 — La création de Louis et le positionnement sur le mobilier professionnel.
- 27:50 — Douze références entièrement personnalisables.
- 29:40 — Le choc de la pandémie sur les budgets d’aménagement.
- 32:48 — Distributeurs, aménageurs et vente directe.
- 34:17 — Les chiffres de Louis au moment de l’enregistrement.
- 39:48 — Une nouvelle usine et une ligne consacrée aux deuxième, troisième et quatrième vies.
- 42:15 — Le prix du bois, l’incertitude et les moments les plus difficiles.
- 49:06 — Prouver que le bateau flottera malgré les avis contraires.
- 1:02:03 — Réparabilité, réutilisation et limites du seul argument « recyclé ».
Choisir un projet assez grand pour rester amis
En 2011, Thomas Devineaux et trois amis sont en classe préparatoire. Ils savent qu’ils vont rejoindre des écoles d’ingénieurs dans des villes différentes et cherchent un projet commun capable de maintenir le groupe. Ils aiment l’histoire, les défis techniques et les constructions grandeur nature. Le drakkar réunit ces trois dimensions.
Aucun n’est charpentier naval ou ébéniste. Ils utilisent les ressources du musée des navires vikings de Roskilde, dessinent leurs plans et se donnent une contrainte : construire eux-mêmes chaque étape, y compris les outils qui leur manquent.
Fabriquer les moyens de fabriquer
Le groupe abat un chêne, conçoit une machine pour transformer le tronc en planches puis construit le bateau entre 2011 et 2016. Les outils évoluent avec les besoins : mécanique, électronique, informatique, puis une première machine à commande numérique en 2015.
Cette démarche crée une culture particulière. Devant un obstacle, l’équipe ne cherche pas seulement un fournisseur ; elle demande quel système pourrait résoudre le problème avec les moyens disponibles. Le projet naval devient une formation accélérée à l’ingénierie frugale.
Naviguer pour vérifier que le projet est réel
Le premier bateau mesure environ 5,50 mètres et peut embarquer cinq personnes. Il est mis à l’eau devant plusieurs centaines de spectateurs, puis emmené au Danemark pour rencontrer les spécialistes dont le groupe consulte les travaux depuis 2013.
Le bateau flotte et navigue, mais révèle aussi ses limites de taille et de stabilité. Un second modèle est construit pour des expéditions plus longues au Danemark, en Suède et en Norvège. La Compagnie du Bátar devient une association rassemblant une cinquantaine de personnes autour de la construction et de la navigation.
Vendre des meubles pour financer le bateau
À mesure que le chantier progresse, l’équipe maîtrise mieux le bois et les machines. Elle cherche aussi des revenus pour financer l’association. Un premier projet de tabourets vendu environ 800 euros montre qu’un savoir-faire né pour le drakkar peut trouver un marché professionnel.
Les commandes s’étendent à des espaces de coworking et à des restaurants. En 2016, Thomas se consacre pleinement au projet ; en 2017, l’équipe de fondateurs se structure autour de Louis, une entreprise de mobilier de bureau personnalisable et fabriqué à Toulouse.
Industrialiser la personnalisation
Louis ne promet pas de redessiner un meuble unique pour chaque client. L’entreprise propose une douzaine de références paramétrables : dimensions, forme du plateau, accessoires électriques, roulettes ou gravure. Ce système conserve la liberté utile au client tout en rendant la fabrication reproductible.
La vente passe à la fois par des distributeurs et par la relation directe. Les aménageurs et space planners représentent environ la moitié de l’activité au moment de l’entretien. Le mobilier devient un outil d’usage et de culture d’entreprise, pas seulement un élément décoratif.
Concevoir pour plusieurs vies
Thomas critique le cycle courant du mobilier professionnel : achat, usage pendant quelques années, déménagement puis destruction. Louis choisit du bois issu de forêts gérées, une finition qui facilite l’entretien et une conception permettant le démontage et la remise à neuf.
Les produits peuvent être repris, réparés, modifiés puis réinjectés chez le même client ou chez un autre. Les plateaux eux-mêmes peuvent redevenir matière première pour un nouveau meuble. La durabilité vient moins d’une étiquette que de la possibilité concrète de prolonger l’usage.
Traverser les chocs d’une jeune industrie
La pandémie bloque brutalement les budgets d’aménagement. La reprise reste incertaine, puis la hausse du prix du bois augmente fortement les coûts. Pour une entreprise qui doit investir dans des machines, le manque de visibilité rend chaque décision de trésorerie plus risquée.
Louis poursuit néanmoins son projet d’usine. L’objectif présenté en 2021 est de réunir les équipes sur un site d’environ 900 mètres carrés, d’automatiser certaines étapes et d’installer une première ligne consacrée à la remise à neuf du mobilier.
Refuser les raccourcis de la communication durable
Pour Thomas, un produit recyclé n’est pas automatiquement vertueux, et un produit recyclable ne sera pas nécessairement recyclé. Il faut regarder la collecte, la transformation, l’énergie, les additifs, la réparabilité et la possibilité de réutiliser plusieurs fois la matière.
Cette exigence relie le bateau et le meuble. Dans les deux cas, l’équipe apprend à comprendre le matériau, construit ses outils et cherche une solution qui fonctionne réellement. L’impact ne se décrète pas ; il se vérifie dans la conception, l’usine et la durée de vie du produit.
POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?
Cet épisode sera utile aux entrepreneurs industriels, aux designers de produits et aux équipes qui veulent relocaliser ou circulariser une fabrication. Il montre comment une aventure associative peut créer des compétences, une culture et finalement une entreprise.
À PROPOS DE THOMAS DEVINEAUX
Thomas Devineaux est le cofondateur et CEO de Louis, une entreprise toulousaine de mobilier professionnel personnalisable et fabriqué en France. Il est aussi engagé dans la Compagnie du Bátar, collectif consacré à la construction et à la navigation de bateaux d’inspiration viking.
RESSOURCES CITÉES
- Louis : entreprise de mobilier professionnel cofondée par Thomas Devineaux.
- Compagnie du Bátar : association consacrée aux drakkars.
- Musée des navires vikings de Roskilde : ressource technique et rencontre citée dans l’épisode.
- Techstars Paris : programme d’accompagnement suivi par Louis.
- Julien Quintard : mentor évoqué dans l’entretien.
- « Le Dernier Jour d’un condamné », de Victor Hugo.
- « Le Chant du loup », d’Antonin Baudry.
- ADEME : données environnementales évoquées dans la conclusion.