Christel Bony : Échouer, rebondir et continuer à défendre ses convictions

Ouest France

Avec E-Sensory puis B-Sensory, Christel Bony veut associer littérature érotique et objet connecté au service du plaisir féminin. Après quatre années, 450 000 euros levés et de nombreux obstacles industriels et financiers, l’entreprise est liquidée. Elle raconte sans détour la décision d’arrêter, la responsabilité envers son équipe et la façon dont un échec peut devenir un apprentissage sans effacer les convictions qui ont lancé le projet.

Cet épisode a été enregistré en 2019, un peu plus d’un an après la liquidation de l’entreprise. Les termes employés, les acteurs cités et l’état du marché de la SexTech sont ceux de cette période.

CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR

  • Comment E-Sensory puis B-Sensory ont cherché à connecter récit érotique et sensations.
  • Pourquoi le coût du matériel, des moules et des certifications change l’économie d’une startup.
  • Comment les tabous autour du plaisir féminin ont freiné le financement du projet.
  • Pourquoi Christel considère avoir été trop tôt sur son marché.
  • Ce que signifie décider d’arrêter quand une équipe dépend encore de l’entreprise.
  • Comment elle sépare l’échec de la société de la valeur de son engagement.
  • Pourquoi l’écosystème et les pairs deviennent essentiels au moment de rebondir.

LES TEMPS FORTS

  • 00:15 — L’envie d’entreprendre et l’origine du projet.
  • 01:08 — E-Sensory puis B-Sensory : connecter littérature et objet.
  • 02:20 — Les grandes étapes de quatre années d’aventure.
  • 04:14 — Le modèle économique d’un produit physique et numérique.
  • 05:20 — Lever 450 000 euros et convaincre des investisseurs.
  • 07:50 — Les freins liés à l’érotisme et au plaisir féminin.
  • 11:20 — Un marché encore jeune et un projet peut-être lancé trop tôt.
  • 13:45 — Le rapprochement entre SexTech, santé et bien-être.
  • 16:00 — SexTech For Good et la poursuite de l’engagement.
  • 19:40 — Changer le regard sur l’échec.
  • 22:00 — Les conseils aux entrepreneurs qui veulent entrer dans la SexTech.
  • 25:30 — Les limites de la liquidation pour les actifs numériques.
  • 27:30 — Le moment où il faut décider d’arrêter.
  • 30:05 — Annoncer la fin à ses salariés.
  • 32:00 — Les Rebondisseurs Français et l’après-échec.
  • 40:50 — L’importance de ne pas rester seule.

Transformer une conviction en produit connecté

Christel Bony part d’un sujet intime et social : le plaisir féminin reste peu visible, mal compris et entouré de tabous. Avec E-Sensory puis B-Sensory, elle imagine une expérience dans laquelle un objet connecté réagit au rythme d’une histoire érotique.

Le projet ne consiste pas seulement à commercialiser un produit. Il porte une conviction : la sexualité fait partie du bien-être et doit pouvoir être abordée avec humanité, y compris pour les personnes âgées, malades ou en situation de handicap.

Découvrir le poids industriel d’une innovation matérielle

Créer un objet implique des dépenses bien différentes de celles d’un service purement numérique. Christel cite le coût des moules, des certifications, des prototypes et de la production avant même de pouvoir vendre à grande échelle. Une erreur de sous-traitance peut faire perdre des mois et absorber une part importante des ressources.

L’équipe lève environ 450 000 euros. Ce financement permet d’avancer, mais il ne suffit pas à neutraliser les risques industriels ni à garantir l’accès aux capitaux nécessaires pour la suite.

Sous-estimer les freins culturels du marché

Christel reconnaît avoir sous-estimé la confusion entre érotisme et pornographie ainsi que les résistances liées au plaisir féminin. Certains interlocuteurs invoquent des politiques bancaires ou des considérations éthiques pour ne pas financer l’entreprise, parfois après plusieurs mois de discussion.

Le produit lui paraît pourtant relativement doux : la rencontre entre deux objets déjà connus, le livre érotique et le sextoy. Mais un entrepreneur ne peut pas évaluer le marché uniquement à partir de sa propre perception. Les tabous deviennent ici une contrainte commerciale, financière et institutionnelle.

Être trop tôt et ne pas savoir pivoter assez vite

B-Sensory arrive avant que le terme SexTech soit réellement installé en France. Christel estime avoir contribué à ouvrir des portes dont d’autres pourront bénéficier. Elle identifie aussi une faiblesse : ne pas avoir su pivoter au bon moment.

Reconnaître que le marché n’est pas prêt ne diminue pas la valeur de la vision. Cela oblige toutefois à revoir le produit, la géographie ou le rythme de développement. Avec le recul, elle aurait aimé disposer plus tôt de personnes capables de l’aider à sortir du quotidien et à regarder la situation avec distance.

Prendre la décision d’arrêter

La liquidation judiciaire intervient en mars 2018, après un peu plus de quatre ans d’aventure. Christel pense qu’elle aurait pu arrêter six mois auparavant. La peur, l’espoir de trouver une dernière solution et la responsabilité envers les salariés rendent la décision difficile.

Une fois la décision prise, un soulagement apparaît au milieu de la douleur : ne plus chercher chaque mois comment payer l’équipe, ne plus repousser une issue devenue inévitable. La transparence entretenue avec ses trois derniers salariés permet de traverser la fin ensemble, sans masquer la situation.

Faire le deuil d’une entreprise sans renier son combat

Christel ne regrette pas l’aventure. Elle dit avoir appris, grandi et changé. Le projet a notamment renforcé son engagement féministe. L’entreprise s’arrête, mais les valeurs liées à la liberté, au plaisir et à la santé restent intactes.

Avec SexTech For Good, elle continue à évangéliser le marché et à fédérer des acteurs. Le rebond ne consiste donc pas à oublier l’échec. Il consiste à distinguer ce qui doit être abandonné : une structure, un modèle, un produit : de ce qui mérite encore d’être défendu.

Rebondir grâce aux autres

Les Rebondisseurs Français, The Corner, son ancienne équipe, certains investisseurs et une nouvelle entreprise lui permettent de reconstruire une trajectoire. Son expérience d’entrepreneure, de communicante et de professionnelle des objets connectés retrouve de la valeur dans une activité de conseil en innovation.

Christel insiste sur un point : il existe beaucoup d’accompagnement pour créer, mais beaucoup moins pour fermer et se relever. Or l’entrepreneur a besoin d’aide précisément lorsque le projet ne peut plus être sauvé. L’échec devient une expérience utile lorsque l’entourage sait regarder les compétences acquises autant que le résultat final.

POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?

Cet épisode donne une parole rare sur la fin d’une startup, sans héroïsation ni honte. Il s’adresse aux entrepreneurs confrontés à une décision d’arrêt, mais aussi aux investisseurs, accompagnateurs et dirigeants qui veulent mieux comprendre la responsabilité humaine derrière une liquidation.

À PROPOS DE CHRISTEL BONY

Christel Bony est entrepreneure et spécialiste de l’innovation. Elle a cofondé E-Sensory et développé B-Sensory, une expérience associant littérature érotique et objet connecté. Après la liquidation de l’entreprise, elle poursuit son engagement au sein de SexTech For Good et des Rebondisseurs Français.

RESSOURCES CITÉES

  • E-Sensory et B-Sensory : projet de littérature érotique connectée.
  • SexTech For Good : initiative destinée à structurer et promouvoir une SexTech responsable.
  • Les Rebondisseurs Français : mouvement qui agit pour changer le regard sur l’échec entrepreneurial.
  • The Corner : écosystème d’accompagnement cité dans l’épisode.
  • CES : salon où le projet a reçu une distinction.

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