Benjamin Blavier (Article 1) : Faire du mentorat un levier de mobilité sociale

Après quinze années dans les ressources humaines, Benjamin Blavier crée Passeport Avenir pour aider des étudiants issus de milieux modestes à dépasser les barrières matérielles et mentales qui limitent leurs choix. La fusion avec Frateli donne naissance à Article 1. Son ambition en 2021 : passer de quelques milliers à 20 000 mentors et contribuer à modifier durablement les statistiques de mobilité sociale en France.

Les effectifs, volumes de bénévoles, objectifs de mentors et dispositifs publics cités correspondent à décembre 2021, pendant le déploiement du plan « 1 jeune, 1 mentor ».

CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR

  • Comment l’histoire familiale et le parcours de Benjamin façonnent sa vision de l’égalité des chances.
  • Pourquoi les entreprises peuvent agir sur l’orientation et l’insertion au-delà de leur politique de recrutement.
  • Comment Passeport Avenir associe mentorat individuel et ateliers collectifs.
  • Pourquoi la fusion avec Frateli permet de créer Article 1 et de changer d’échelle.
  • Ce que trois heures par mois peuvent apporter à un jeune comme à son mentor.
  • Pourquoi les barrières mentales comptent autant que les obstacles matériels.
  • Ce qu’un passage de 2 000 à 20 000 mentors exige en technologie, financement et organisation.

LES TEMPS FORTS

  • 03:44 — Une histoire familiale traversée par l’immigration et le goût de la liberté.
  • 05:51 — Études de droit, ressources humaines et quinze années de salariat.
  • 08:34 — La création de Passeport Avenir.
  • 14:04 — Mentorat, ateliers et accompagnement vers les études supérieures.
  • 18:11 — Adapter le dispositif aux jeunes en situation de handicap.
  • 21:35 — Combattre les barrières matérielles et mentales.
  • 27:08 — L’évolution de l’engagement des entreprises en quinze ans.
  • 30:56 — Le rapprochement de Frateli et Passeport Avenir.
  • 35:54 — La naissance d’Article 1 et son modèle d’action.
  • 47:47 — S’engager comme mentor en trois minutes et donner trois heures par mois.
  • 53:32 — Les rencontres décisives dans les parcours de mobilité sociale.
  • 1:00:02 — 120 salariés et des milliers de bénévoles en 2021.
  • 1:03:34 — Le défi de passer de 2 000 à 20 000 mentors.
  • 1:07:16 — Faire enfin entrer la mobilité sociale dans le débat public.
  • 1:16:04 — Croire à son intuition, s’entourer et apprendre à couper.

Comprendre que les possibles ne sont pas distribués également

Benjamin grandit dans une famille marquée par plusieurs migrations et par de petites activités entrepreneuriales. Ses parents valorisent l’école et l’autonomie, mais il découvre lui-même tardivement certaines filières et certains codes des études supérieures.

Après des études de droit, il travaille quinze ans dans les ressources humaines. Il y voit des entreprises capables d’innover et de prendre des risques, mais encore trop souvent concentrées sur les flux de recrutement et de départ plutôt que sur l’ouverture réelle des opportunités.

Faire entrer l’entreprise dans l’égalité des chances

En 2005, Benjamin crée Passeport Avenir. L’idée consiste à mobiliser des salariés pour accompagner des étudiants issus de milieux modestes vers des études et des métiers auxquels ils ne se projettent pas spontanément.

Le dispositif commence notamment avec des élèves de BTS qui souhaitent poursuivre vers une école d’ingénieurs. Un mentor individuel les aide à comprendre les filières, préparer une alternance, financer leurs études et décoder les attentes du monde professionnel. Des ateliers collectifs complètent cet accompagnement.

Lever les barrières matérielles et mentales

Certaines difficultés sont visibles : coût des études, logement, réseau ou accès à un stage. D’autres agissent de manière plus silencieuse. Un jeune peut s’autocensurer parce qu’aucun proche n’a suivi cette voie ou parce qu’il pense qu’une grande école « n’est pas pour lui ».

Benjamin insiste sur cette double dimension. Aider financièrement sans élargir le champ des possibles ne suffit pas ; encourager sans résoudre les obstacles concrets non plus. Le mentorat relie les deux en donnant accès à une personne, une expérience et un réseau.

Fusionner deux associations pour changer d’échelle

Frateli mène depuis 2004 une action voisine auprès de jeunes à fort potentiel issus de milieux défavorisés. Les deux organisations partagent une mission et des méthodes complémentaires. Leur rapprochement donne naissance à Article 1.

La fusion ne consiste pas seulement à additionner des équipes. Il faut rapprocher des cultures, des outils et des communautés de bénévoles. Elle permet toutefois de construire une organisation nationale capable d’agir sur l’orientation, la réussite dans les études et l’insertion professionnelle.

Donner trois heures par mois

Le programme de mentorat présenté dans l’épisode demande en moyenne trois heures par mois pendant six mois. Le mentor aide sur des sujets qu’il maîtrise : orientation, entretien, découverte d’un métier, langue étrangère, confiance ou organisation.

La relation n’est pas un cours magistral. Elle s’adapte aux besoins du jeune et produit souvent des effets réciproques. Benjamin rappelle que de nombreuses personnes ayant connu une mobilité sociale identifient, dans leur parcours, un professeur, un collègue ou un dirigeant qui leur a ouvert une possibilité au bon moment.

Passer de 2 000 à 20 000 mentors

Le plan national « 1 jeune, 1 mentor » accélère brutalement l’activité. Article 1 prévoit de passer de quelques milliers à 20 000 mentors en moins d’un an. Au moment de l’entretien, l’association compte environ 120 salariés et plus de 15 000 bénévoles.

Le changement d’échelle impose de recruter, financer l’organisation, développer une plateforme de mise en relation et maintenir la qualité de l’accompagnement. Une association ne dispose pas des mêmes capitaux qu’une startup, alors même qu’elle doit résoudre des problèmes comparables de produit et d’opérations.

Faire bouger les statistiques, pas seulement raconter de belles histoires

Les récits individuels donnent du sens au mentorat, mais Benjamin vise une transformation mesurable. L’ambition d’Article 1 est que l’orientation, les études et l’insertion dépendent moins du milieu social d’origine.

Cette approche oblige à regarder les volumes, les résultats et la durée. La réussite d’un programme ne se limite pas au nombre de binômes créés ; elle se vérifie dans la capacité des jeunes à choisir leur voie, poursuivre leur parcours et accéder aux opportunités auxquelles ils aspirent.

Croire à son intuition sans s’épuiser

Benjamin a mis plusieurs années à se convaincre que son idée avait une utilité, malgré les avis lui expliquant que le mentorat existait déjà ou ne changerait rien. Il conseille de rester fidèle à la conviction profonde, tout en sachant s’entourer.

Il ajoute une limite essentielle dans l’entrepreneuriat social : la mission peut donner l’impression qu’il faudrait travailler sans fin. Or les besoins seront toujours plus vastes que la capacité d’une seule organisation. Apprendre à couper permet de durer et de continuer à être utile.

POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?

Cet épisode sera utile aux entrepreneurs sociaux, aux responsables RH, aux associations en changement d’échelle et à toute personne qui envisage de devenir mentor. Il montre comment transformer une conviction sur l’égalité des chances en dispositif national sans perdre la qualité de la relation individuelle.

À PROPOS DE BENJAMIN BLAVIER

Benjamin Blavier est le cofondateur et coprésident d’Article 1. Après une carrière dans les ressources humaines, il a créé Passeport Avenir en 2005, puis contribué à sa fusion avec Frateli pour développer le mentorat et lutter contre l’inégalité des chances.

RESSOURCES CITÉES

  • Article 1 : association cofondée et coprésidée par Benjamin Blavier.
  • Passeport Avenir : première association créée par Benjamin.
  • Frateli : association ayant fusionné avec Passeport Avenir.
  • DEMA1N.org : plateforme de mentorat présentée dans l’épisode.
  • « 1 jeune, 1 mentor » : dispositif national ayant accéléré le changement d’échelle.
  • L’Ascenseur : collectif et lieu réunissant des acteurs de l’égalité des chances.
  • « Dune », de Frank Herbert.
  • « Brazil », de Terry Gilliam, et « Bienvenue à Gattaca », d’Andrew Niccol.