Laure Babin (Laure Babin) : Transformer les déchets du raisin en baskets désirables

Laure Babin Zèta

Pendant sa dernière année d’études, Laure Babin veut créer une basket à la fois esthétique, végane et conçue à partir de déchets. Douze mois de recherche la conduisent jusqu’à une matière issue des résidus viticoles italiens et à un atelier portugais prêt à l’accompagner. Elle raconte le lancement de Zèta, sa campagne de crowdfunding et les choix nécessaires pour bâtir une marque engagée sans renoncer au produit.

L’épisode est enregistré le jour du premier anniversaire de Zèta. Les volumes vendus, boutiques partenaires, matières disponibles et objectifs de développement sont ceux présentés en septembre 2021.

CE QUE VOUS ALLEZ RETENIR

  • Comment transformer un projet de fin d’études en marque de chaussures.
  • Pourquoi le raisin répond à une recherche plus large de matières issues de déchets.
  • Ce que douze mois de sourcing et de prototypage changent dans un lancement.
  • Comment trouver un atelier en partant seule au Portugal.
  • Pourquoi le crowdfunding permet de financer la production et de valider la demande.
  • Ce que signifie entreprendre seule tout en construisant un réseau d’artisans et de soutiens.
  • Pourquoi l’impact doit se traduire dans le produit, la fabrication et les valeurs de l’entreprise.

LES TEMPS FORTS

  • 03:25 — Le parcours en commerce, management et mode avant Zèta.
  • 04:17 — Pourquoi choisir la basket et chercher une alternative au cuir.
  • 05:46 — Douze mois de business plan, sourcing, prototypes et recherche d’atelier.
  • 08:38 — La peur de se lancer seule et l’envie de voir le projet exister.
  • 10:45 — Le « cuir de raisin » italien et la fabrication au Portugal.
  • 11:35 — Le lancement de la campagne le 7 septembre 2020.
  • 12:48 — Le passage des précommandes à la production en atelier.
  • 14:14 — Le site e-commerce et les nouveaux coloris en 2021.
  • 15:45 — Le premier bilan commercial de la marque.
  • 16:25 — La solitude comme difficulté majeure du lancement.
  • 19:36 — Le premier voyage au Portugal pour trouver un atelier.
  • 21:24 — Entreprendre avec un impact social ou environnemental réel.
  • 27:37 — Les limites actuelles du sourcing et le temps long de la R&D matière.
  • 29:35 — Structurer son idée et profiter des dispositifs étudiants.

Faire de la dernière année d’études un laboratoire

Laure Babin suit un parcours en commerce international puis en management. Ses expériences dans la mode et la chaussure lui donnent envie de créer un produit plus cohérent avec ses convictions. En septembre 2019, pendant sa dernière année de master à l’IAE, elle rejoint l’incubateur de son école et transforme cette intuition en projet.

La basket s’impose parce qu’elle est quotidienne, très répandue et encore largement dépendante du cuir ou de matières issues du pétrole. Laure veut une chaussure végane, mais refuse de remplacer un problème par un autre. Elle cherche donc des composants provenant autant que possible de déchets déjà existants.

Remonter toute la chaîne de valeur

Pendant douze mois, Laure travaille sur le business plan, le design, les matières, les prototypes et la production. Le matériau emblématique de Zèta est fabriqué en Italie à partir de résidus de l’industrie viticole, puis acheminé vers l’atelier portugais qui assemble les chaussures.

Ce choix illustre la complexité d’un produit responsable. Une matière innovante ne se trouve pas dans un catalogue universel : elle dépend d’années de recherche, d’un approvisionnement stable, de tests de résistance et d’un partenaire industriel capable de la travailler.

Trouver l’atelier en allant sur place

La recherche de l’usine ne se règle pas uniquement par courriel. Étudiante et disposant de peu de moyens, Laure se rend au Portugal, visite plusieurs ateliers et présente son projet directement aux artisans. La rencontre avec Thierry, l’une des premières personnes à l’accueillir, devient décisive.

L’atelier accepte de travailler avec une jeune fondatrice et une marque encore inconnue. La relation se construit dans la durée : pendant la campagne puis la production, les échanges sont presque quotidiens. Ce partenaire ne se contente pas d’exécuter une commande ; il aide le produit à devenir fabricable.

Lancer avant de disposer des stocks

Zèta ouvre sa campagne de crowdfunding le 7 septembre 2020. Les précommandes financent la première production tout en apportant une preuve de demande. Le succès impose immédiatement une nouvelle responsabilité : transformer l’enthousiasme en paires livrées avec le niveau de qualité promis.

L’atelier suit la campagne au jour le jour et prépare la montée en charge. Pour Laure, voir une personne inconnue porter les chaussures marque le passage le plus concret entre un projet étudiant et une marque réelle.

Construire une marque, pas seulement une matière

Laure refuse de résumer Zèta au raisin. La matière constitue une différence forte, mais le produit doit d’abord être désirable, confortable et identifiable. La marque développe de nouveaux coloris, ouvre son site en février 2021 et commence à être distribuée dans plusieurs boutiques.

Cette exigence est stratégique. Une consommation plus responsable ne se généralisera pas si elle demande aux clients de renoncer systématiquement au style ou au plaisir. L’impact doit devenir une qualité supplémentaire du produit, pas son unique argument.

Entreprendre seule sans rester isolée

Laure cite la solitude comme l’une des difficultés principales. Elle porte les décisions, la peur du lancement et les imprévus sans cofondateur. Elle n’est pourtant jamais totalement seule : famille, amis, incubateur, artisans et autres entrepreneurs forment un réseau de soutien.

Cette distinction est importante. Être seule au capital ou à la direction ne signifie pas tout savoir ni tout exécuter sans aide. La progression vient au contraire de la capacité à rencontrer des spécialistes, à poser des questions et à reconnaître les compétences qui manquent.

Inscrire l’engagement dans la durée

Au moment de l’enregistrement, Zèta a vendu environ 5 000 à 6 000 paires et prépare une présence en boutiques à Paris, Bordeaux, Lille, Toulouse et Genève. Ces chiffres restent ceux d’une marque âgée d’un an ; ils ne doivent pas masquer le temps long nécessaire pour améliorer le sourcing.

Laure aimerait notamment travailler un jour avec des résidus viticoles français, mais rappelle qu’une nouvelle matière demande de la R&D, des essais et une filière. L’engagement ne se réduit donc pas à une promesse immédiate : il consiste aussi à rendre visibles les limites actuelles et les étapes nécessaires pour les dépasser.

POURQUOI ÉCOUTER CET ÉPISODE ?

Cet épisode sera utile aux créateurs de marques, aux porteurs de produits physiques et aux étudiants qui hésitent à lancer un projet. Il montre comment articuler design, sourcing, production et financement sans traiter l’impact comme un simple élément de communication.

À PROPOS DE LAURE BABIN

Laure Babin est la fondatrice de Zèta, une marque de baskets véganes fabriquées au Portugal à partir de matières issues de déchets, dont des résidus de raisin. Elle lance le projet pendant sa dernière année d’études en commerce et management.

RESSOURCES CITÉES

  • Zèta : marque de baskets fondée par Laure Babin.
  • Ulule : plateforme de la campagne de précommandes.
  • IAE : établissement et incubateur évoqués pendant la création du projet.
  • Atelier de fabrication portugais : partenaire industriel de la marque.
  • Matière à base de résidus viticoles développée en Italie.
  • « Shantaram » : livre cité dans l’entretien.
  • « Gran Torino » et « Incendies » : films recommandés.

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